Art du rat

Art du rat
Du rongeur songeur
Ne sourit pas
Face aux ignominies d’hominidés
À l’humanité qui manque d’humilité

Le conte du rat raconte
L’hypothèse de l’hippopotame
Que tous les animaux ont une âme
De se mouvoir et s’émouvoir
De se voir et percevoir
Peu importe la raison
Et que même les lucioles vont au ciel
Suivant le chemin de la chenille

Tu ris déjà de sa théorie ?
Ton esprit se ferme là comme une huître ?
Tu pries Dieu pour qu’il n’ait pas raison ?
Pétri de la même pâte tu leur voues du mépris ?
Parce que tu te les appropries
Leur vie n’aurait pas de prix ?
Alors tu leur réserves le pire
Ce droit de les faire périr
Mais au fond de qui es-tu épris ?

En vérité leur mort inutile
Te rapportera quoi en définitive ?
Même si tu veux ignorer cette perspective
Face à eux devant Dieu
Qu’allez-vous vous dire sur l’autre rive ?

Maintenant écoute l’anecdote de l’âne
Oui regarde donc l’onagre
Tu vois ses longues oreilles
Tu te focalises sur ses proéminences
Mais tu ne perçois son cœur
Sa très haute éminence
L’âme de l’âne

Donc tu lui fais porter ton lourd fardeau
Tu le charges comme une bourrique
Le fais avancer entre carottes et coups de trique
Son dur labeur tu le méprises
Baudet entêté tu le ridiculises
Alors qu’il transporte tes marchandises

Tu crois te distinguer par credo ou cogito
De l’avoir nommé bourricot
Tu te crois sur un autre radeau
Mais tu ne vois même pas dans ton dos !

Et tu oublies qu’il fut une illustre monture

Vivre et laisser vivre

Est-ce parce que tu n’as pas d’ailes
Que tu es si cruel ?
Toi qui rêves d’être un ange
Pourquoi tuer ce que tu manges ?
Prendrais-tu en effet de la hauteur
Tu ferais cesser ces horreurs
Toi aussi de là-haut tu es pareil à un cafard
À la merci de Dieu ou du hasard

Tu sais que tous les êtres fuient la violence et la mort
Qui es-tu pour ainsi l’infliger encore ?
Tu peux choisir l’universel amour

Dieu ne veut pas de bouc émissaire
C’est la vie qu’il faut qu’on vénère
Aussi il n’est point requis de sacrifice
Mais de faire œuvre salvatrice

Nous sommes tous les enfants du soleil
Les éléphants comme les abeilles
Les hommes comme les pince-oreilles

Devant la vie qui donc ne s’émerveille ?

Nuire et ruiner

On ne rigole de leur gloriole
Leurs terribles trophées
Attestant leur morale atrophiée
Induisant ces animaux catastrophés
Puis tués par vanité

Faire trépasser pour passer le temps
Gratuité de leur brutalité
Fatuité qui tue
Distraction de la cruauté
Distinction en insanité

Fierté et férocité
Sinistre couple infernal
Fatal à cet autre animal

Dominer les anime
Ôter la vie les motive
Mort en leur morgue

Jouir de nuire
Plaisir à occire
Violenter et sentiment d’exister
Voilà ce qui guide ces perfides
Avides de sang et de petite renommée
Héroïsme funeste de l’égoïsme qui déteste
Je mortifère en leurs jeux délétères

Les animaux désignés rois pour proie
Ils se croient adroits et rusés
S’octroient ce droit de s’amuser
Impitoyables de ce qu’ils meurent

Confondant rage et courage
Leur ire engendre ce pire
Affligeant ce qu’ils infligent
Pour rapporter un rare cadavre

Et d’orner leur mur d’une morne dépouille
Avec l’œil encore plein de trouille
Buste lugubre, butin de leur orgueil
Leur haine empaillée trônant en évidence

Le cirque inique

Mais qu’est-ce que c’est que ce cirque
Où sous le prétexte du divertissement
Un homme au fond tyrannique
Impose un numéro de dément

Quel est ce spectacle pathétique
Où officie ce terrifiant dompteur
Qui cache la terrible pique
Qui oblige ces souffre-douleur

Cet authentique sadique
Sous la lumière des projecteurs
Au lieu d’un prodige magique
Prodigue véritablement le malheur

Et il n’y a vraiment rien de comique
À voir des animaux faire les pitres
Par crainte de discrets coups de trique
Empêchant qu’ils récalcitrent

C’est au contraire dramatique
De voir ces innocents impuissants
Soumis à un dresseur maléfique
Pavanant devant eux menaçant

Serait-ce donc le cirque diabolique
L’arène du fieffé dominateur
De l’homme violent et colérique
Vaniteux et dictateur

Écailles dans les mailles

Pêcheur n’entends-tu pas les pleurs des poissons ?
N’entends-tu pas ces hurlements des profondeurs ?
Immenses souffrances dont tu ne perçois le son
Et ainsi tu les crois insensibles à la douleur

Les flots sont pourtant pleins de soupirs et de sanglots
Leurs chaudes larmes sont diluées dans l’eau
Et tu ne vois pas leur chagrin noyé dans les vagues
Aveugle à leurs grands tourments tu divagues

Toi tu te penses tranquille
Aux aguets calme et silencieux
En vérité tes actes sont vils
Ôter ainsi la vie est odieux

Oui quand tu lances ta ligne
Tu te montres vraiment indigne
Car à l’autre bout quand ça mord
Cela annonce d’abord et surtout la mort

Voilà ton futile et funeste plaisir
De leurs simples existences se saisir
Tendre un triste piège et attendre
Qu’un naïf ou inattentif se fasse prendre

Et puis tu les vois qui se tortillent et agonisent
Une vétille car en vérité tu les méprises
À tes yeux leurs soubresauts symbolisent ta grande adresse
Aussi pas un instant n’as-tu ressenti leur terrible détresse

L’ironie dramatique c’est que tu te dis comme un poisson dans l’eau
Quand tu parles de ton égoïste bonheur

Proph-éthique

Ô homme !

Cesse de t’apitoyer sur ton sort
De te croire victime de tous les maux
Pense donc aussi à l’immense tort
Que tu causes aux autres animaux

Ils sont bien tes égaux
Aussi cesse de leur donner la mort
Rabaisse ton immense ego
Devant Dieu vous êtes consorts

Vous êtes pareils de chair et d’os
Semblables et sensibles
De poussière et d’eau
Périssables et putrescibles

Ensemble sur le même radeau
Il est intolérable et incompréhensible
En vertu d’une raison ou d’un credo
De perpétrer tes crimes irrémissibles

Tu te comportes comme un cannibale
À manger ton vieux frère animal
Et si certains d’entre eux d’autres dévorent
Toi au moins tu peux choisir d’être herbivore

Dominer n’implique de supériorité
Mais suppose devoirs et responsabilités
Clairvoyant tu ravaleras ton orgueil et ta vanité
Ta grandeur sera de protéger et de soigner

Tu t’excuseras spécialement auprès des porcs
Tous les bateaux de pêche rentreront au port
Les bouchers se reconvertiront en fleuristes
Les chasseurs en naturalistes

Dès lors tes repas seront frugaux
Mais être juste sera ton réconfort
Adieu steaks et gigots
Pacifique et sage tu seras bien plus fort

On ne rit pas à la corrida

Point d’art dans l’arène
Mais le règne de la haine
Et de la vanité humaine

Non il n’y a pas de beauté
À ce spectacle de la cruauté
Et à voir la vie futilement ôtée

Et le torero a tort
De donner la mort
Et de se croire un héros

Son illusion de maestria
N’est rien qu’un lâche assassinat
Issue d’un simulacre de combat

C’est la barbarie en scène
Ces coups déloyaux qu’il assène
Le crime d’une volonté malsaine

Et cette futile et funeste férocité
Qui ne manifeste que morbidité
Est une terrible expression de perversité

Ainsi il flatte bassement l’orgueil
De ces hommes égarés dont il trompe l’œil
Tandis que ces animaux il endeuille

Il parade alors se pavanant
Dans son costume éclatant et clinquant
Qui tente de masquer ses actes obscurs et affligeants

Triste truisme
Que de dénoncer cette tuerie rituelle et ce vil voyeurisme
Comme un atroce anthropocentrisme

Terrible tradition indigne même de Cro-Magnon

Nécro-section

Le bourreau porte une blouse blanche
Et au nom de sa vénérée science
C’est la sainte vie qu’il retranche
En toute bonne conscience

Aveugle au sacrilège
Ces existences qu’il abrège
Il exerce sa puissance
Insensible à la souffrance

Et d’extirper l’animal de la cage
Pour perpétrer son outrage
Sur ces innocents il expérimente
Odieux concepteur d’épouvante

Cependant il invoque le progrès
Pour légitimer son inutile forfait
Un raisonnement bancal
Prétendant au médical

Pourtant dispensateur de mort
Assassin il s’ignore
Torturant froidement
Dans son égarement flagrant

Méconnaissant le sacré
Détruisant l’être
Il se désire vertueux
Mais il les tue eux

Coups de filets

Comme on balaye des feuilles mortes
Ils ratissent les fonds
Et tous les poissons emportent
Leur avidité atteignant le tréfonds

Leur gigantesque chalut pélagique
Rafle tout dans les abîmes
En un piège absolu et tragique
Comme des milliers d’hameçons qui déciment

Leur appât du gain est en effet effroyable
Et l’idéologie non moins abominable
Qui néglige les êtres à nageoires
Considérant leurs vies comme dérisoires

Embarquant des bancs entiers
Sans distinction ni aucune pitié
Ils les font prisonniers des mailles
Du funeste filet où se briseront leurs écailles

Du dauphin ou du requin à la sardine
Pêle-mêle tous ils les assassinent
Et les jettent à la pelle dans des bacs
Pour qu’ils finissent surgelés dans des sacs

Ce bateau-tueur est l’éphémère tombeau
L’usine infernale du génocide
De ce peuple des mers que l’on trucide
Faisant de leur corps de tristes lambeaux

Que ne s’émerveillent-ils pas de ce qu’ils nagent
Au lieu de commettre ces carnages

Du commersang de mortande

Quand je passe devant une boucherie
Je vois rouge
Et ma bouche est triste
Devant cette boutique macabre
Regorgeant de corps égorgés et de cadavres
Aboutissement de l’impitoyable tuerie

J’ai alors un regard noir face à ce commerçant
Et son tablier blanc tout recouvert de sang
Qui au milieu de ces carcasses
Proclame que rien ne le tracasse
La jovialité affichée sur son visage
Tentant de faire oublier l’usine d’équarrissage

Et les cris des lointains et terribles abattoirs
Ces endroits concentrationnaires et sacrificatoires
Ne parviennent nullement aux oreilles de ces citadins
Qui pensent que d’acheter de la viande est anodin
Et le boucher donc d’aiguiser la lame
Qui déguise l’éloigné et invisible drame

Sa trompeuse bonne humeur de carnaval
Dissimulant le fait qu’il dépèce un animal
Il s’applique à faire de belles tranches
À occulter ces flancs, ces jambes et autres hanches
Habillant feu les bêtes pour pouvoir les présenter sur l’étal
Et d’éviter que le client ne s’horrifie et ne détale

Et celui-ci d’oublier la barbarie intrinsèque à la barbaque
La viande étant paradoxalement désincarnée
Et l’autre de vendre ce qui fut autrefois plein de vie et animé
Voilà donc son travail à ce costaud et son long couteau
Qui pourtant tout rougeaud et pas maigrichon
Ressemble lui-même étrangement à un cochon

Lettre aux bouchers

Ne croyez pas que le végétarien végète !
Ou qu’il mange les pissenlits par la racine
Ce n’est pas un légume
Il ne reste pas là planté comme un poireau
Au contraire il a la patate
Et s’il n’a pas un radis
Il garde une poire pour la soif
D’avoir eu la cerise
On en prend de la graine

Aussi, ne veut-il pas vous raconter de salades
Ni vous la faire à l’oseille
Ni vous carotter
Il vous fait juste part du fruit de sa réflexion
Il y a une pomme de discorde entre vous et lui
Il ne veut pas de votre viande à la noix
Ni chair ni poisson
Eh oui ! Il n’est pas mi-figue mi-raisin
Pour lui les autres animaux ne comptent pas pour des prunes
Et il pense qu’avec vous c’est la fin des haricots

Remarquez, il ne vous demande pas d’aller vous faire cuire un œuf
Et espère que vous n’en ferez pas un fromage

Extrémités

L’homme fier de s’exhiber pour manger
Se cache tout honteux pour déféquer
De manier baguette et fourchette
Il pense se différencier des autres bêtes

Et de sacrifier celles-ci sans le moindre procès
Pour le plaisir si éphémère de son palais
Des cadavres sanguinolents dans son assiette
Ne troublant sa pensée violente et satisfaite

Mais voilà pourtant que le transit intestinal
Le ravale à son juste rang d’animal
Et de ressembler alors étrangement à ce chien
Dans l’humble posture de soulager ses intestins

Zoo

Quel spectacle tragique
Que cette prison zoologique
Ce petit pénitencier
Rempli d’innocents prisonniers
Dont le seul crime serait d’exister
Et d’exciter l’humaine curiosité

Les visites sont donc autorisées
Sinon ils mourraient de solitude et d’ennui
Et les enfants surtout de venir les admirer
Dans ce qu’on nomme aussi ménagerie

Mais des animaux derrière des barreaux
Devant toujours se tenir à carreau
Des bêtes au fond de fosses
Ne peuvent mener qu’une vie fausse

Et personne ne leur a dit aux enfants
Que si celui-ci tourne en rond
C’est qu’il frise la folie
Que si cet autre rigolo hoche la tête
C’est que la démence le guette
Que si celui-là reste prostré
C’est qu’il rêve de son indépendance passée
Que cet autre qui se gratte jusqu’au sang
Est un grand allergique à l’enfermement
Que celui-là qui a l’air si gris et si terne
A perdu ses couleurs depuis qu’on l’interne

Finalement ils visitent un asile animalier
D’êtres sensibles par certains humains aliénés
La plupart profondément dépressifs et stressés
Ne pensant tous qu’à recouvrer leur liberté

Et les geôliers eux se targuent que leurs captifs ont procréé
Une exception qu’ils se hâtent de médiatiser
Comme pour prouver que leurs détenus ne sont pas malheureux
Tentant de justifier l’existence de ces lieux ignominieux
En outre, ils arguent qu’ils sauvent et préservent des espèces
Alors même qu’ils pillent la nature sans qu’il y paraisse
Comme si une rare naissance pouvait perpétuer le règne
D’animaux autonomes qui ne tolèrent qu’on les contraigne
Ils disent aussi remplir une mission pédagogique
N’en percevant eux-mêmes la dimension idéologique
Que les animaux seraient à notre entière disposition
En vertu de notre totale domination

Un fait terrible dans ces circonstances affligeantes
C’est que ces gardiens sont nécessaires
Autrement le public leur ferait les pires misères
Profitant lâchement de leurs situations impuissantes

Ah au lieu de faire un spectacle artificiel de leur différence
Nous devrions au contraire leur témoigner de la déférence

L’homme qui nuit

J’ai honte de l’espèce humaine
Quand au sein de la paisible forêt
Un bruit terrible retentit
Le diabolique boucan des carabines
Signal avant-coureur d’hémoglobine
Vient d’abasourdir les esprits
Et les animaux de fuir les fusils

Ils détalent devant l’homme violent et brutal
De la Mère Nature le vandale
Qui va chassant
Cherchant du sang

Il ne s’agit pas d’exercer sa seule adresse
Sinon il irait au stand de tir de la kermesse
Non il faut qu’il inspire la peur
Que le cœur palpite
Et eux de sentir l’horreur
Et de décamper avant qu’il ne les décapite

Surtout il lui faut ressentir qu’il est le plus rusé
Et de pouvoir ainsi flatter son ego désabusé
Car c’est encore une histoire de vanité
Que son activité emplie d’inanité
La cynégétique étant anachronique
Sa nécessité devenue archaïque
Aussi lorsqu’il vise ces pauvres bêtes
On peut certifier que sa bêtise est parfaite

Oui il n’a pas inventé la poudre
Mais il s’entête à l’utiliser avec violence

Dispenser comme de la foudre
Lui donne une impression de puissance
Lui qui se contente de bouger un petit doigt
Avec force fierté comme il se doit

Un lâche qui appuie sur une détente
Voilà peut-être comment définir ce quidam
Ôtez-lui le fusil et vous verrez le dilettante
Sans arme c’est comme s’il n’avait plus d’âme

En fait il considère les animaux comme des jouets
Et jouit de les voir obéir à son fouet
Et de les faire périr pour son délétère divertissement
Se délectant de leur mort tout simplement

Complètement insensible à leur sort
Ce ne sont que des cibles vivantes
Il vous ressasse que c’est un sport
Ces sanglantes parties de chasse dont il se vante

Et de rêver à des régions giboyeuses
Perspectives à ses yeux de tueries joyeuses
Le nombre de bêtes qui seront abattues
Symbolisant la réussite de l’ignoble battue

Remarquez qu’ils ont le même droit que nous de vivre libres
Il rétorquera que vous avez lu ça dans les livres
Et de vous renvoyer à votre littérature
S’arrogeant arrogant la propriété de la nature

Pourtant on n’a pas à les mettre en danger
Ni besoin de les manger
Prendre soin et protéger
Voilà l’héroïsme à propager

Or le chasseur ignorant
Cette espèce de dévouement
N’est pas de cet avis
Assassin d’êtres sensibles
En proie à ses pulsions meurtrières
La folie nichée sous les paupières
Il préfère détruire la vie

Barbarie en blouse blanche

Dans le secret du froid laboratoire
Des opérations à la vie attentatoires
Se déroulent souvent et sans émouvoir
Le technicien à l’insensible savoir

À l’abri des regards
Dans son atelier glacial
Il perpètre sans le moindre égard
Ses crimes contre l’autre animal

À de simples objets les réduisant
Il expérimente égoïste et stoïque
Dramatiquement fier de son entendement
De la raison un vrai fanatique

Et ces actes infects
En milieu désinfecté
N’affectent sa conscience
Tant il est aveuglé par sa violence

Impassible il suit son protocole
Obsédé par de prétendues connaissances
Sans voir leurs saintes auréoles
Lui manquant la juste clairvoyance

Jusqu’alors caché dans la cité
Lui qui commet de telles atrocités
Il est grand temps de lui faire cesser
Ses brutales et sacrilèges activités

Pour une science sans violence
De savants faisant preuve de sapience
Une recherche éminemment éthique
Intrinsèquement pacifique
D’abord au service de la Vie

Respect du Vivant en tous ses aspects
Raison et sensibilité de chœur
Conditions sine qua non
Pour la connaissance juste et bonne

Les suppliciés

Il y a des figures de coqs en haut de leurs églises
Serait-ce donc cet oiseau qu’ils divinisent ?
Non à visiter leurs fermes on saisit la méprise
Là ils les enferment et martyrisent

Et on ne peut pas dire qu’ils font dans le détail
Pour s’occuper de ce qu’ils nomment bétail
Le paysan étant devenu un effroyable gestionnaire
Pratiquant l’ignoble élevage concentrationnaire

Il applique la désuète théorie des animaux-machines
Ignorant les âmes des bêtes qu’il élève puis assassine
Celles-ci étant traitées comme simples productrices de chair
Payant cette idéologie horriblement cher

Feriez-vous un tour dans ces sombres hangars
Et vous les verriez sur du béton derrière des barres
Entravées et dans l’incapacité de se mouvoir
Brisées stressées au comble du désespoir

En ce lieu carcéral il n’y a pas de lumière
Excepté la lampe du gardien et tortionnaire
Qui vient contrôler l’atmosphère pénitentiaire
Où l’ombre terrifiante plane du lointain actionnaire

Il vérifie que tous les détenus engraissent
Ils doivent vite prendre du poids car le temps presse
Peu lui importe qu’on allaite entre des barreaux
Ou que d’autres oppressés restent sur le carreau

Ils sont en effet si compressés que certains défaillent
L’environnement étant putride et suffocant
Il n’y a pas le moindre brin d’air ou de paille
Pour respirer et reposer sur son flanc

Tout est mené d’une main de fer
Pour pouvoir rapporter de l’argent
Ils se moquent de ce qu’ils souffrent ou ont souffert
Ils sont durs et leurs actes affligeants

C’est ainsi qu’ils les méprisent et brutalisent
Leur imposant leur inconsciente barbarie
Infligeant leur rage et leur abominable bêtise
Les faisant survivre avant abattage en batterie

L’arbre à carne

Au carnaval des carnivores
Les barbares qui s’ignorent
Autour du barbecue se réunissent
Ils y engloutissent et dévorent
Mille morceaux de barbaque
Et des tonnes de saucisses
C’est véritablement orgiaque
Toute cette viande en surabondance
Et ainsi ils font bombance
Partageant ces myriades de grillades
Dans une grosse rigolade

Mais si pour les hommes c’est gargantuesque
Pour les animaux c’est tout à fait dantesque
Car pour ceux qui finissent carbonisés
Après avoir été d’abord stigmatisés
C’est carrément moche
Ce banquet de la bidoche
Et c’est vrai que c’est atrocement laid
De se faire tuer pour satisfaire le goût d’un palais

Mais eux ça n’a même pas effleuré leurs pensées
Ils ne se sont pas un instant souciés de leur sort
Ils ignorent ou ont oublié la violence et la mort
À l’origine de la chair qu’ils ont consommée
Car ce sont d’autres qui se chargent d’assassiner
Et ils pourraient ainsi croire que la carne pousse sur les arbres
Tant ils n’ont pas conscience de manger de cadavres

Quel terrible et funeste destin
Que de mourir pour leurs festins

À mi-chemin

Ces éleveurs sont aveugles
Inconscients de leur brutalité
Devant leurs bêtes qui beuglent
Ils ne discernent leur divinité

Ils leur témoignent beaucoup d’affection
En vertu de leur grande proximité
Ils ont même presque des affinités
Mais sont responsables de leurs afflictions

Leur cœur a d’étranges ramifications
Ils les caressent de façon transitoire
N’ont plus du tout de considération
Le jour de les envoyer à l’abattoir

Ils frisent en effet la schizophrénie
À leur donner de doux petits noms
À vivre en quasi-harmonie
Puis soudain de personnifier le démon

Ils peuvent même pleurer lors de la séparation
Mais cette tristesse qu’ils éprouvent
Subitement ils la réprouvent
De peur d’y trouver de troublante signification

Ils réfrènent donc leurs émotions
Car s’ils écoutaient scrupuleusement leur conscience
Ils pourraient ressentir une entière compassion
Et refuser de sacrifier leur existence

Terribles contradictions

Chien chat cheval
Voilà les trois favoris que tu chéris
Qui représentent pour toi le monde animal
Les autres bêtes n’étant bonnes que pour la boucherie

Mais pourquoi donc cet amour exclusif
N’est-ce pas considérablement abusif
D’un côté ceux que tu câlines ou cajoles
De l’autre ceux que tu encages ou immoles

Une telle discrimination est un crime
Qui permet qu’on les décime
Mais où diable est donc la différence
Entre celui que tu adores
Et celui dont tu ignores la souffrance
Au nom de quoi certains devront mourir
Et d’autres vivre sans trop avoir à subir

Certes le chien t’obéit te flatte
Et tu t’enorgueillis d’avoir un chat
Un félin dans ta maison
Qui lui aussi habilement te flagorne
Ainsi donc ils t’ont amadoué
Et tu es fier de dominer le cheval
Ta vanité les aurait ainsi considérés
D’être caressés dans le sens du poil
Et puis tu peux leur témoigner de la tendresse
Ils te réconfortent dans tes accès de faiblesse

Mais tu ne les aimes pas toujours pour eux-mêmes
Il y a souvent une question d’intérêt
Tu les utilises pour exprimer tes affects
Autrement avec eux aussi tu serais infect
Et ils subiraient tes incroyables contradictions
Comme celles de monter l’étalon le matin
Et de manger du cheval le soir
D’admirer son poisson rouge dans le bocal
Et d’aller pêcher ensuite à l’étang local
De partir avec son chien se balader
Tout en portant une fourrure de canidé
De donner généreusement du pain aux canes et à leurs canetons
De cette même mie où l’on trouvait plus tôt du pâté de canard

Le funeste anthropocentrisme

Pour eux, les autres animaux
Les humains pourraient être comme des dieux
À la place de cela certains incarnent le diable
Et ce qu’ils leur infligent est effroyable
Difficilement imaginable et odieux

Les humains peuvent vraiment être impitoyables
Au lieu d’être humbles et miséricordieux
Leur vanité et leur vilenie sont incroyables
Le mal en eux est redoutable, mordieu

Et ainsi ici-bas sous les cieux
Se perpètrent les actes inqualifiables
Aux raisons faussement justifiables
De ces êtres violents et pernicieux

Au nom de quelles valeurs
Peut-on en effet légitimer ces horreurs ?
Quelle cause doctrinaire
Autorise ces faits cruels et sanguinaires
Si ce n’est ce dogme prétentieux
Qui perpétue la violence et la haine
D’une prétendue supériorité humaine
Qui donnerait un droit irrévérencieux
À disposer des bêtes sans la moindre gêne
Dont la destinée présupposée
Serait de naître afin de sustenter les hommes ?

Et de propager le malheur
Et d’inspirer la terreur
À ces animaux également magnifiques
Soumis à leur tyrannie satanique

Au lieu de réaliser, sagaces
Qu’ils auraient pu être à leur place

Il serait juste en vérité de proposer des caresses
De mettre en pratique une haute idée de la sagesse
Au lieu de moquer la pensée non-violente antispéciste
Cette éthique pacifiste

Vie suprême

Ils abattent les agneaux
Mais baptisent leurs bateaux

Ils ont des troupeaux qu’ils torturent
Mais caressent le capot de leur voiture

Ils méprisent et maltraitent leur bétail
Mais aiment à embrasser leurs coupes et médailles

Ils massacrent le vivant à haute dose
Mais chérissent les objets et les choses

Ainsi d’exterminer flore et faune
Tout en priant ou en baisant leurs icônes

Et les félins d’attendre leur dernière heure
Et le tigre d’apparaître dans le moteur

Violenter les êtres les obnubile
Alors ils parlent de cimetières automobiles

Ils ne respectent pas la vie
L’or les éblouit dont ils ont envie

Sage végétarien

Ils dominent et déraisonnent
Assassinent puis assaisonnent

On peut vivre sans faire couler le sang
On n’a pas à les faire mourir
Pour sainement se nourrir
Alors épargnons ces innocents
Et finissons-en avec les tortures
Occasionnées par notre nourriture
Refusons ces aliments de la cruauté
Choisissons les fruits, légumes et crudités

Arrêtons de les faire cuire et d’en faire du cuir
Leur destin n’est pas de finir dans nos intestins
Mais de vivre libres comme les humains

Il n’y a plus lieu de faire la guerre à l’animal
Comme il était vital de le faire naguère
On se doit de le protéger

Exister sans tuer
Ni violenter
C’est ce à quoi il faut s’évertuer
Les animaux sont nos frères
Et ils ont déjà par trop souffert
Pour eux devenez végétarien
Voilà qui sera sage et bien
Ensuite végétalien

Homme comme fourmi

Comme on se sent minuscule
À l’arrivée du crépuscule
Le soleil à nos yeux disparaissant
Embrasant d’abord tout l’horizon

La voûte céleste se dévoile
Au mille milliards d’étoiles
Et on est juste lilliputien
Devant autant d’astres lointains

Avec l’obscurité l’on se comprend petit
A des millions d’années-lumière
Se situent ces géantes sphères
Qui illuminent notre nuit

Nos vies paraissent bien éphémères
Face au gigantisme stellaire
Vraiment on est insignifiant
Face à l’immensité du firmament

Comme les fourmis
Nous errons sur terre
À la merci
D’un événement délétère

Tueries et mystifications

Affreux aphrodisiaques
À l’origine d’odieux massacres
Délire de leur frigide désir
Et de leur visée paradisiaque

Ces animaux de mourir
À cause de peine-à-jouir
Et leurs croyances magiques puériles
Que d’ingérer une forme phallique
Accroîtrait leur pouvoir viril
Donnerait une jouissance extatique

À ce compte ils n’ont qu’à manger des bananes
Ces veules bandits qui veulent bander
Tels ces puissants ânes
Mais non il faut qu’il y ait mort d’animal
Pour qu’ils se sentent mâles
Sacrifices pour plaisir de pénis
Tragiques conséquences de leur impotence
Morale et sexuelle

Et eux de se trouver menacés d’extinction
Pour cause de stupides superstitions
Et de phantasmes de super-érection
Tués en masse pour des frustrés
Et les vaines illusions
De leur pensée mythique mortifère

Nombres d’espèces sont en danger
Comme ces infortunés tigres
Dont ils veulent la verge manger
Croyant futilement acquérir leur force

Ou comme ces pauvres rhinocéros
En péril d’avoir une proéminente corne
Qui fait rêver ces éjaculateurs précoces
Dont le manque rend féroce

Et de décéder à cause d’obsédés
Et leur libido malheureuse
Hideuse et terrible réalité

Devenir végétalien

Végétarien un jour
Végétalien toujours
C’est ce que me disait avec humour
Quelqu’un rempli d’amour

Pas de demi-compassion
Il faut refuser toute exploitation
Les animaux souffrent énormément
De leur terrible enfermement

Il faut vivre selon ses idéaux
Le lait de vache est pour son veau
Alors même si vous en raffolez
Pourquoi aller le lui voler

Satisfaire futilement votre palais
Est un contentement bien éphémère
Qui est synonyme de laid
Pensez donc à cette pauvre mère

Pensez donc à l’ample dommage
Que vous causez pour un simple fromage
Vous pouvez facilement vous en abstenir
Et du taureau vous ne connaîtrez l’ire

Comme vous pouvez vous passer des œufs
Vous rendriez alors la poule et le coq joyeux
Qui autrement se font un terrible souci
Même s’ils ne sont élevés en batterie

Les animaux veulent vivre libres
Et n’endurer aucun déséquilibre
Ils veulent se consacrer à leur progéniture
Selon les lois de la nature

Aussi laissons-les tranquilles
Qu’ils n’aient à se faire de la bile
Ils en seront contents
Et nous tout autant

Be a true gentleman
Be a vegan

Œuvres de Dieu

Les oiseaux ? Plus près du soleil que nous
Leurs ailes écrivent des poèmes dans le ciel
Leurs plumes y laissant des traces de miel
Que les poètes en sont jaloux

Les animaux ? Plus près des arbres que nous
Leurs corps nagent dans les feuillages
Et leurs ébats inspirent les sages
Qui sont avec eux très doux

Les poissons ? Plus près des abysses que nous
Ils ont beau n’avoir que des nageoires
Si profond est leur savoir
Qu’envieux sont les marabouts

Les insectes ? Plus près des fleurs que nous
Ils ont l’art de la métamorphose
Apprécient le parfum des roses
Les écrasent méchamment les fous

Les crustacés ? Plus près du sable que nous
Ils sont sagaces sous leur carapace
Ont du courage face aux menaces
Les maltraitent les voyous

Œuvres de Dieu
Ils sont aussi proches de Lui que nous
Alors arrêtons de leur tordre le cou
Ouvrons grands les yeux

Cruelle solitude

À voir comme tu traites aujourd’hui les non-humains
On ne s’étonne que tu sois sans nouvelle des non-Terriens

Imagine un peu une autre intelligence
Pourquoi donc te rendrait-elle visite ?
À constater ta violence
On prendrait plutôt la fuite

Toi qui fondamentalement méprises
Les autres êtres doués de sentience
Qui globalement brutalises
Les autres existences
Dont certaines tu martyrises
Toi qui fais preuve d’intolérance
Qui ne sais résoudre calmement les crises
Tu inspires certainement à autrui de la méfiance

N’importe qui venu d’ailleurs
S’apercevrait aussitôt de tes flagrantes erreurs
Et que tu as du chemin à faire pour être meilleur
Car pour l’heure tu inspires la terreur

Vois ta funeste férocité
Qui t’empêche d’atteindre la félicité
Qui engendre tant d’atrocités
Et ce même au sein de ta propre cité

Vois tes furieuses guerres
Qui se perpètrent sous les hémisphères
Car il te manque l’exigence de la paix
Et tu traites ton prochain avec irrespect

Vois comme tu malmènes
Tes cousins animaux
Victimes de tes grossiers maux
Barbarie, cruauté et haine

Ah oui quel lointain explorateur
N’éprouverait pas de la frayeur
Face aux bellicosités d’un tel sauvage
Qui est encore loin d’être sage

La volonté de vivre

Quand je leur dis qu’il s’agit d’être pacifique
Eux ils convoquent alors les moustiques
Qu’il est en effet souvent inévitable de tuer
Et de justifier ainsi les horreurs qu’ils vont perpétrer

Je leur rétorque « quelle vache vous a piqué ? »
Alors leur violence ils tentent d’expliquer
Ce serait en vertu d’une loi de la nature
Les autres animaux seraient destinés à être notre pâture

Nous serions au sommet de la chaîne alimentaire
Je leur réponds qu’occire n’est pas nécessaire
Que la viande n’est pas vitale pour bien se nourrir
Alors ils poussent de grands soupirs

Ils s’accrochent à leurs traditions culinaires
Minimisant leur comportement délétère
Que leur importe que les bêtes l’on assassine
À la vue de la chair ils se lèchent les babines

Sourd à mes arguments de non-violence
Ils ne sont pas des fillettes
Ils préfèrent fermer les yeux sur l’odieuse provenance
De ce qui se trouve dans leur assiette

Faut dire que d’autres se chargent de la sale besogne
Aussi peuvent-ils sans vergogne
Se repaître de ces cadavres sanguinolents
Mais mes objections les embarrassent cependant

Alors ils se rassurent et se leurrent
En se disant que l’on tue en douceur
La volonté de vivre des bêtes
Tombant aux oubliettes

Terrible époque

C’est bientôt la fin des animaux sauvages
Pour les autres ce sont les horribles conditions d’élevage
Et vous voudriez que l’on trouve cette époque heureuse
Alors que les catastrophes sont si nombreuses

Honte aux hommes qui malmènent la nature
Bien souvent au prétexte de trouver leur pâture
Et d’exterminer les animaux qui sont nos frères
Qui meurent sous les coups de ces mains de fer

Hélas la plupart n’en ont que faire
Ne pensant qu’à satisfaire de futiles envies
Détruisant ou laissant détruire la vie
Pour des plaisirs éphémères

Horrible période de décadence
Que celle où les bêtes subissent ces violences
Les hommes étant tout affairés dans leur cité
Aveugles à leurs propres atrocités

Et de s’abaisser à ces vilenies
Que constituent ces tueries
Déléguant la sale besogne à un bourreau
À qui est confié l’usage terrible du couteau

Ainsi ils peuvent ignorer leur monstruosité
Se croire exempts de toute brutalité
Ils ne donnent pas eux-mêmes la mort
Alors ils ne se trouvent aucun tort

Affreuse ère de misère
Où l’homme faiseur de sanglant désert
Règne négligemment sans partage
Ne cherchant même pas à être sage

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